Salle culturelle multi-activités à Mornant : un projet inquiétant

Une enquête publique sur la déclaration de projet de mise en compatibilité du PLU permettant la construction, entre autres, d’un équipement multi-activités sur le secteur Arches/Grange-Dodieu (en face du nouveau Siège de la COPAMO – à côté de la nouvelle caserne des pompiers), était ouverte par la mairie de Mornant jusqu’au 20 novembre 2018.

Tout d’abord, l’argumentation fallacieuse faisant référence à un « projet communal [qui] vise un équipement d’envergure intercommunal » est fortement contestable. En effet, la commune de Mornant doit s’inscrire pleinement dans la cohérence du développement et des projets de la communauté de communes du Pays Mornantais (COPAMO), à laquelle elle est rattachée. Or, il n’est nulle part fait mention de projets ou de besoins réellement exprimés par le Conseil Communautaire. Pourtant, la COPAMO dispose bien de la compétence de la « construction, entretien, et fonctionnement d’équipements culturels […] d’intérêt communautaire ». Si jamais la COPAMO avait eu un projet de « salle culturelle multi-activités dédiée principalement à l’accueil d’évènements culturels et de spectacle », les élus locaux et les citoyens auraient été informé à l’échelle du Pays Mornantais. Pire, dans un contexte de tension importante dans le sud du département concernant les salles de cinéma, la création potentielle d’une autre salle dans la même ville pouvant impacter la salle de Cinéma de 300 places existant dans l’Espace Jean Carmet et gérée par l’intercommunalité, devrait absolument apparaitre. La coexistence – ou la concurrence potentielle – de programmations entre 2 salles doit absolument être concertée en préalable à la définition d’une potentielle deuxième salle. Cette étude doit notamment faire apparaitre le nombre de spectateurs en rapport avec le nombre et le type de spectacles et de films. Le fait que le nouvel « équipement [sera] de compétence communale » est un risque trop important pour la cohérence culturelle à l’échelle du territoire et surtout pour l’équilibre financier fragile de la COPAMO. Au-delà du cas de la salle Jean-Carmet, il n’est pas concevable d’envisager la création d’une nouvelle salle de spectacle sans présenter le recensement, la jauge et la typologie de toutes les salles environnantes. Rien ne prouve le soit disant « enjeu » de « renforcer les équipements publics et plus particulièrement dans le domaine culturel, qui font défaut aujourd’hui ». Enfin, si l’on se place au niveau territoire du SCOT, ce projet très consommateur d’espace est contradictoire avec la limitation à respecter, et ne s’intègre pas pour une commune de polarité et de la taille de Mornant dans les orientations territoriales. En aucun cas Mornant ne doit avoir pour vocation de devenir la Villefranche sur Saône du sud du département.

Ce projet expose en des termes très flous différentes autres activités de services (« restauration, de brasserie, bowling ») qui non seulement sont du domaine du développement économique de la COPAMO (compétence obligatoire), mais dont la localisation excentrée du centre-bourg va à l’encontre des bonnes pratiques visant à limiter l’éparpillement en périphérie des villes de ce type d’activité. Cela va aussi à l’encontre de l’esprit de l’AMI (Appel à Manifestation d’Intérêt) sur la revitalisation des Centres Bourg, auquel cette déclaration de projet de fait pas explicitement référence. Un risque important pèse en faveur de la création par défaut et sans contrôle de commerces de restauration de type « fast food », qui vont à l’encontre d’une alimentation saine, de qualité et locale en rapport avec les qualités environnementales du territoire.

Il est précisé que 250 places nouvelles de parking sont nécessaires, alors qu’il existe déjà à proximité 250 places. Ce doublement du nombre de places ne semble pas prendre en compte la mutualisation pendulaire possible afin d’éviter une artificialisation excessive des sols par des places de parking qui seront une très grande partie du temps surnuméraires.

Au niveau de l’artificialisation des sols, le projet en l’état souffre d’un mensonge éhonté : les projets d’accord (pouvant donc échouer) et de compensation de terrains agricoles ne maintiennent pas une quantité de surface non artificialisée. Le résultat est une perte nette de terrains agricoles ou naturels. Une véritable compensation serait de rendre agricole ou naturelle des terrains jusqu’à présent artificielles.

Enfin, si on fait un focus sur la fonctionnalité annexe d’école de musique, le vide abyssale du projet et l’absence d’étude sérieuse pourrait laisser penser à un détournement du bien communale que sont des bâtiments publics au profit d’une association de droit privé mais qui reçoit d’importantes subventions communales – y compris en nature (mises à disposition de locaux et de fluides). Le projet ne précise pas non plus si des places de parking surdimensionnées seront aménagées pour accueillir les véhicules 4×4 du personnel rétribué par l’école de musique. Mais ce qui risque d’arriver, c’est que des enfants qui pouvaient se rendre à pied à l’actuelle école de musique ne pourront plus le faire du fait de l’éloignement géographique. Cela risque d’engendrer une augmentation des déplacements motorisés.

En conclusion, ce projet est mal réfléchi, surdimensionné, non concerté avec la COPAMO sur les volets culture et développement économique, est consommateur de trop d’espaces agricoles, ne compense pas l’artificialisation du terrain. Le développement de commerces de restauration risque de favoriser la « malbouffe ». Enfin, le déplacement de l’école de musique est un risque inquiétant de collusion d’intérêts entre biens publics et ambitions individuelles et mercantiles. A bien des égards, ce projet va à l’encontre de la revitalisation du Centre-Bourg.

B. Lauginie
le 20 novembre 2018

Pour info : rapport de présentation accessible sur le site internet de la mairie.